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Une chance sur deux

Une chance sur deux

On se remet en rang


Le jour où je me suis fait opérer

Publié le 31 Décembre 2013, 14:03pm

Catégories : #prothèse mammaire, #abattue

J'ai mis beaucoup de temps à pouvoir écrire sur ce sujet. Pourtant cela a eu lieu il y a plus d'un an, mais jusqu'à aujourd'hui je n'éprouvais pas le besoin d'en parler. De raconter.

J’avais d’abord besoin de parler des traitements, de ma vie sans cheveux. De la difficulté que c’est de vivre avec le cancer, dans mon quotidien de maman. Et la femme que je suis dans tout ça ? Et mon sein amputé ?

Je ne peux pas commencer ce récit sans vous parler de la fin du rdv avec mon chirurgien. Celui-la même qui m'avait trouvée "exceptionnelle".

Durant cette consultation, au-delà du lourd programme de traitements à venir qu'il m'a énoncé, il m'a demandé s’il pouvait me "dessiner" l'ensemble du sein gauche qu'il allait m'enlever.

Ah. Donc vous allez "tout" enlever ?

Même le téton ? Ah. Quand même.

Et pour la reconstruction ? Ça sera quand ?

- c'est étonnant (mais super courant je pense) de se soucier de la reconstruction alors que votre sein est toujours là - plus pour longtemps certes mais toujours sur ma poitrine.

Pas avant 1 an ?!!!!

Ah oui quand même. C'est long.

S'imaginer un an sans sein gauche, se projeter un an avec une poitrine amputée, déséquilibrée. Ça fait un choc. Un coup de massue supplémentaire, qui, ajouté aux programmes des réjouissances des traitements à venir, aurait dû m’achever.

Je ne m’y attendais pas , là comme ça, être torse nu, présentant mes deux seins à un médecin que je connais à peine, qui vient de m’apprendre que j’avais un cancer bien méchant et que l’unique solution pour me "sauver" est de me l’enlever. En totalité. Même le téton.

Je rentre donc à la clinique un lundi soir pour être opérée dès le lendemain.

Je ne sais pas encore à quelle heure je passe, mais je dois quand même être prête pour 8h.

Je mets mes bas de contention comme on me l’a demandé.

Au moment où on vient me chercher il est environ 10h, cela fait deux heures que j’attends, et l’attente a été stressante, tellement stressante, que deux minutes avant je ne suis pas du tout sereine. J’ai peur, pour la première fois depuis que l’on m’a appris mon cancer. J’ai peur, je ne sais pas bien de quoi, mais l’angoisse monte. Mais je retiens ces sanglots que je sens imminents.

J’arrive au bloc, on me parle calmement et on m’endort. Je suis calme, je pense à mes 3 hommes, les hommes de ma vie. Et je vais bien.

Quand je reprends connaissance en salle de réveil, je suis un peu dans les vapes encore, je mets quelques minutes à « réaliser » où je suis, ce qui vient de se passer.

On me ramène dans ma chambre. Et c’est seulement arrivée là-bas, une fois qu’on m'a laissé seule, que je pleure. Je craque et je pleure. De nervosité, de tristesse aussi. Je pleure de toutes mes larmes, celles que j'avais retenues jusqu’à présent. Je pleure mon sein disparu. Je réalise maintenant qu’on me l’a enlevé, et que mon corps n’est que douleur, qu’il ne sera jamais plus comme avant. Je regarde à gauche et c’est vide, avec un énorme pansement et deux drains ; un qui part de ma poitrine et un de mon aisselle.

A présent c’est tout plat, sans relief. C’est étrange, bizarre, j’arrive même à voir mon ventre – c’est nouveau. Il va falloir que je m’y habitue.

Les jours qui suivent, je déambule dans ma chambre – dès que je m’en sens capable – mais aux dires de mes visiteurs pendant mon séjour, j’ai l’air abattue, les épaules tombantes. Je ne me tiens pas droite. Du fait de la douleur provenant des drains, je ne force pas. Et le fait de ne plus avoir de sein à gauche, plus de poids, cela me déséquilibre complétement. Ça n’est plus du tout symétrique.

A ce moment je me dis que ce corps – qui me fait mal – ne ressemble plus à rien…

Dans cet état d’esprit donc je décide, comme à mon habitude, de réagir vite et trouver une solution rapide à ce déséquilibre.

Le jour de ma sortie de la clinique, je demande à faire un crochet dans une pharmacie spécialisée dans les prothèses mammaires.

J’y vais difficilement en voiture – chaque secousse me fait mal – chaque soubresaut me fait crier de douleur – on dirait une zombie tordue qui se déhanche dans la rue à présent.

La bossue de Notre Dame version amazone...

Arrivée à destination, une charmante pharmacienne me prend en main, me fait aller dans un endroit plus intime pour les essayages. J’arrive difficilement à enlever mon t-shirt et elle m’aide à mettre un soutien-gorge et une prothèse. Et là, en l’espace de deux minutes seulement je commence déjà à retrouver une silhouette, une position un peu plus droite, je suis naturellement moins voutée.

Quand je sors de là, j’ai le sourire.

Un large sourire, sur un visage très fatigué certes, mais déjà je commence à aller mieux. Mon visage s'illumine à nouveau. J’étais complètement abattue en sortant de la clinique, fatiguée, par la douleur et par les nerfs qui lâchaient petit à petit. J’étais épuisée, physiquement et psychologiquement.

Avoir sous mon t-shirt ce soutien-gorge et cette prothèse me redonne l'illusion de ma silhouette d’avant. Tout est redevenu comme avant… ou presque.

Le jour où je me suis fait opérer
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