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Une chance sur deux

Une chance sur deux

On se remet en rang


Le jour où j’ai eu vraiment mal

Publié le 15 Décembre 2014, 16:15pm

Catégories : #douleurs, #reconstruction, #lambeau grand dorsal, #morphine

C’était juste après mon opération de reconstruction du sein gauche, en salle de réveil.

Je venais de subir une opération chirurgicale de reconstruction mammaire par lambeau de grand dorsal d’une heure et demi.

Pendant cette opération on m’avait prélevé un lambeau de peau dans le dos d’environ 15 cm mais on m’avait également enlever une partie du muscle grand dorsal pour le faire passer sur la partie inférieur de mon nouveau sein reconstruit. De la magie, en somme.

J’avais mal, très mal. J’étais prévenue, on m’avait très bien informée de la douleur post-opératoire. On m’avait parlé de pompe à morphine, d'anti-douleurs plus puissants, la douleur était bien prise en charge et contrôlée à temps, et la souffrance serait là mais pas insupportable. Soit.

Effectivement, elle était bien là la souffrance, ma souffrance. Elle était aïgue, totale, étalée aussi car elle me lançait des signaux dans le dos et dans la poitrine.

Je me suis réveillée bizarre, douloureuse, étrange. Dès mon réveil on m’a dit que je pouvais commencer à activer la pompe à morphine, moi-même avec une simple pression sur un bouton, l’injection de morphine serait immédiate.

Mais je n’ai pas appuyé. Pas tout de suite. Laissez-moi savourer cet instant, certes douloureux mais conscient, avec à peu près tous mes sens en alerte.

Malgré la douleur la première chose que j’ai fait a été de jeter un oeil vers ma poitrine toute neuve. J’ai vu un relief à gauche, une petite bosse, et j’ai souris. Cela faisait 1 an et demi que j’attendais cela, et c’était maintenant, là devant moi, en moi et non plus dans une poche de soutien-gorge ou collé à ma peau.

J’avais mal mais je souriais. Les infirmières en salle de réveil ont dû me prendre pour une folle. Une folle peut-être mais en apparence plus une amazone.

Une fois retournée dans ma chambre, la douleur montait crescendo et ma capacité à la supporter s’évanouissait en même temps.

J’ai donc appuyer sur le bouton magique et ce pendant 24h environ. Pendant ces 24h, je n’étais plus moi-même. J’avais certes moins mal, c’est sûr, mais je délirais, je radotais, je n’étais pas très bien. J'ai dû poser trois fois les mêmes questions à mon mari, à 10 minutes d'intervalles. J'étais parfois saisie d'angoisses complètement décousues et sans rapport avec le moment présent : "qui va chercher les enfants ce soir ? quel jour sommes-nous ? est-ce que j'ai réglé la cantine ce mois-ci ?!!!"

La morphine vous met aussi dans un état végétatif que je n’affectionnais pas particulièrement. J’avais l’impression d’être un légume. Correction. J'étais un légume. Et un légume qui râlait tout le temps parce que je n'arrivais pas à trouver la position qui me permettrait d'arrêter de râler et d'avoir mal.

J’ai donc passée une nuit avec cette pompe et le lendemain matin, j’ai décidé de l’arrêter. Stop les délires verbaux (mon mari trouvait pourtant cela drôle en fin de compte), je veux me retrouver. Tant pis si j’ai mal – le pic de douleur était passé – je veux retrouver mon cerveau, mes repères. Mes souvenirs aussi.

Les jours qui ont suivis l’opération, plusieurs de mes proches – hommes et femmes - m’ont demandés très maladroitement si j’étais contente. Non, je ne peux pas dire que je sois “contente”. On est content quand il nous arrive des choses superbes et qu’on les a décidées. On ne peut pas être “contente” quand on a eu une ablation de la poitrine à cause d’un cancer. C’est plus compliqué que cela, plus étrange, imperceptible peut-être. Incompréhensible, sans doute.

Je ne suis pas contente car je ne retrouverais jamais ma poitrine d’avant tout ça. Jamais.

Mais je ne me plains pas, je suis sauvée, j'ai obtenu un sursis et je suis satisfaite aujourd’hui. Et je souris. Encore.

Le chantier ne fait que commencer.

Work in progress...

Le jour où j’ai eu vraiment mal
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sarah 31/07/2015 16:06

Bonjour,

En ce début du mois d' août 2015, j'espère que vous vous portez bien.

Je me permets de vous écrire ce petit commentaire car je souhaite savoir s'il vous serait possible de m'accorder un peu de votre temps pour une petite interview via Skype ou par échange de mail.
Je réalise dans le cadre de mon master, une thèse en ce qui concerne les blogs créés par des personnes atteintes de cancer, comme un nouvel outil de communication, d'interactions, de partage ou encore pour d'autres motivations.

En espérant avoir de vos nouvelles.

Merci

Sarah

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