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Une chance sur deux

Une chance sur deux

On se remet en rang


Le jour où je vous ai annoncé que j’avais un cancer

Publié le 11 Mars 2014, 14:10pm

Catégories : #l'annonce aux proches, #cancer, #traumatisme, #mort

C’était en fin de journée. Ce même jour où j’avais appris que j’étais exceptionnelle. Le jour où j’avais eu les résultats de ma biopsie, le jour où j’avais rencontré le chirurgien qui allait décaler ses vacances pour me sauver.

Ce soir-là une fois que notre fils fut couché, je m'apprêtais à passer “les” coups de fil. Des coups de fil qui allaient être difficiles. On n’allait pas parler de la pluie et du beau temps, ni de comment allaient les enfants, comment s’était passé le we, non, on allait parler de moi. J’allais annoncer aux gens que j’aime que j’avais un cancer. Et pas comme la dernière fois, non, cette fois-ci c’était un cancer du sein, à gauche, à un stade bien avancé, tellement avancé et étendu que l’on allait m’enlever tout mon sein la semaine suivante.

J’ai donc pris une grande inspiration - je me répétais sans cesse dans ma tête, tout va bien se passer, tu vas les rassurer, va de l'avant, tu vas tout leur expliquer, et tu vas leur dire que tu vas gérer… calmement, tu ne vas pas craquer. Ne pas craquer… surtout pas.

J’ai d’abord commencé par appeler ma mère, et je lui ai tout déballé. Tout ce que le chirurgien m’avait annoncé – programme des réjouissances de l’opération, des traitements, des effets secondaires – toutes les étapes clés. Comme une élève qui réciterait son texte par cœur, j’essayais de retranscrire le plus fidèlement possible en me détachant presque de ce que je disais. Comme si ce n’était pas de moi qu’on parlait finalement…

Mais c’était bien de moi qu’il était question… Et je jouais le rôle principal dans ce moment si... traumatisant.

Tout ce que je décrivais, l’ablation du sein la semaine suivante, les effets secondaires indésirables de la chimio, tout cela c’était pour moi, c’était pourtant mon avenir, un avenir proche.

Je me suis tellement détachée de mon récit que je n’ai pas eu à me contenir pour ne pas pleurer ni craquer. Non, je récitais, répétais, changeais quelques phrases mais le fond était le même.

“J’ai un cancer, mais je suis bien prise en charge. Tout va s’arranger. Ne vous inquiétez pas je gère. On va gérer”.

Je crois que ma mère a lâché un sanglot quand je lui ai annoncé, quand elle a entendu la sentence, LE mot qui fait peur. Mais elle est restée forte à cet instant, au téléphone avec moi, elle est allée exactement dans le même sens que moi.

Ma sœur, quant à elle, m’a surprise par sa sérénité et sa confiance en moi. Avant de raccrocher elle m’a même dit : “Tu es forte ma sœur, tu vas le défoncer ce cancer, je le sais !” J’y travaille ma sœur, j'y travaille...

Ma belle-mère a pleuré.

Mes deux meilleures amies ont réagi différemment. L’une s’est énervée et n’arrêtait pas de répéter, “c’est pas vrai, mais c’est pas vrai ! c'est pas possible !”. L’autre s’est effondrée au téléphone, disant que ça n’était pas juste.

Je ne pense pas qu’il y ait de bonne ou mauvaise réaction face à ce genre d’annonce.

J’ai conscience que mon rôle d’annonceur n’était pas évident, d’autant que j’étais celle qui allait tout subir.

Mais quand on annonce cela aux gens que l’on aime, et que l’on sait à peu près comment on va gérer – du moins c’est ce que je croyais – cela est plus facile. Je n’avais pas l’impression d’être à la pire place, du moins à l’époque.

Je savais où je voulais les emmener dans mon récit, dans les mots que j’avais choisis.

J’ai enfilé – sans vraiment m’en rendre compte – les habits d’une personne courageuse et forte pour m'aider et aider les gens que j’aime à affronter tout cela.

Pour moi c’était logique de réagir de cette façon, je leur envoyais déjà un obus en pleine tête, ce même obus que je venais de me prendre, il était hors de question de me montrer faible, vulnérable, condamnée…

Tout va bien se passer, ne vous en faites pas. Préservez mes enfants, mon mari, c’est tout ce qui compte. Moi, je vais ME gérer…

Le jour où je vous ai annoncé que j’avais un cancer
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