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Une chance sur deux

Une chance sur deux

On se remet en rang


Le jour où on m’a enlevé mon cathéter

Publié le 4 Mars 2014, 15:47pm

Catégories : #cathéter, #souvenir, #étape suivante

C’était à la fin de la chimiothérapie. Un mois après ma dernière séance.

Je n’avais pas encore débuté les séances de radiothérapie mais je n’avais qu’une hâte, qu’on m’enlève ce corps étranger le plus vite possible.

C’était nécessaire pour moi pour passer à autre chose, à l’étape suivante.

A la clinique on m’avait dit que j’avais tout à fait le droit de me le faire enlever maintenant. Sans souci. Cela se faisait rapidement, au bloc opératoire, sous simple anesthésie locale, et en ambulatoire. Même pas besoin de passer une nuit à l’hôpital. Chic !

J’ai donc programmé l’intervention.

Je suis repassée dans la même salle d’attente d’avant d’aller au bloc. Ce même bloc dans lequel j’avais perdue une partie de ma féminité quelques mois auparavant.

Mais ça n’était plus pareil, la charlotte qui cachait mes cheveux il y a 8 mois, ne cachait désormais qu’un crâne complétement chauve. Les traitements avaient laissé des traces et ce petit cathéter avait lui aussi laissé une petite strie blanche près de mon aisselle.

L’enlever ne suffirait pas à tout effacer. Je le savais.

On m’a installée au bloc, et le chirurgien qui m’avait posé ce PAC était là prêt à me l’enlever.

Il était assisté d’une jeune infirmière qui lui préparait tous ces outils pour que tout aille vite et bien une fois commencé.

Je l'avais déjà croisé, c'était un médecin avec une tête plutôt rigolote, des cheveux longs grisonnants et frisés qui partaient dans tous les sens. On aurait dit un savant fou. Mais là, il avait les cheveux cachés par son bonnet de chirurgie - moins rigolo - et un masque sur la bouche lui cachant une partie du visage - plus sérieux. Mais juste avec son regard, je sentais sa bonne humeur, et son entrain.

Il m’a tout de suite parlé assez gaiement et simplement, m’expliquant ce qu’il allait faire, et comment il allait procéder.

Tous les chirurgiens ne font pas cela, ils ne vous expliquent pas tout le détail de ce qui va vous arriver. Moi qui aime tout contrôler, j’aime savoir exactement ce qu’on va me faire et comment on va le faire. Ca ne me fait pas peur, au contraire, paradoxalement cela me rassure. Je sais à quoi m’attendre, j’ai l’impression d’être moins dans l’inconnu.

Je suis plutôt rassurée donc mais j’ai froid – normal, on est au bloc – je grelote. Et j’ai l’impression qu’on n’y voit pas grand chose dans cette salle.

Le chirurgien incise, écarte la peau, et il se met en rogne. Il change littéralement de comportement et je me mets à flipper.

Il demande de la lumière – je me disais bien qu’on n'y voyait rien – assez sèchement à son infirmière et elle s’exécute.

Une fois la lumière allumée, il se détend - moi je suis complètement éblouie et je ne vois plus rien - lui, entame la partie apparemment la plus délicate de l’opération – débrancher mon cathéter de la veine cave à laquelle il était raccordé jusqu’à présent.

Ensuite il l’enlève et le pose dans un haricot chirurgical. Je demande si je peux le voir – j’ai un peu honte de ma demande sans doute étrange aux yeux de ce chirurgien qui pose et dépose des cathéter à longueur de journée.

Il me le montre et je trouve cela tout petit, ridiculement petit. Alors c’était ça le petit truc qui me gênait en dormant, ce petit corps étranger qui m’a permis de ne pas souffrir pendant les chimio. Je suis un peu déçue. Dans la foulée et sur ma lancée, je demande si je peux le garder – en souvenir – je ne reverrais sans doute plus jamais ce chirurgien, peu importe pour le ridicule de ma demande.

Il me répond sans hésiter et sur un ton ferme : non.

Et c’est non négociable, je le sens bien.

Il n’a pas le droit de me le laisser – mais pourtant c’était à moi quand c’était “en” moi ?

Je ne comprends pas bien son refus.

Moi je me voyais déjà cacher ce cathéter dans une boîte, je l'aurais appelé "la boîte à souvenirs du cancer". Comme on enfouit ces souvenirs désagréables mais qui font maintenant partis de ma vie... il aurait pu cohabiter avec mes perruques et mes prothèses mammaires …

Drôle d'idée je sais...

Il m’explique simplement qu’il ne peut pas me le laisser, afin qu'il ne risque pas d'être revendu et réutilisé, et pire encore qu'il y a un risque infectieux. C'est la procédure, il sera détruit, tout simplement.

OK, je comprends.

Là il me referme, et moi je me sens bête à présent.

Tant pis, si je ne lui avais pas demandé, j’aurais regretté.

Bye bye petit port à cath !

Le jour où on m’a enlevé mon cathéter
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