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Une chance sur deux

Une chance sur deux

On se remet en rang


Les jours où mon fils m'a mis la honte...

Publié le 28 Août 2014, 15:50pm

Catégories : #gêne, #cancer, #cancer du sein, #fils, #amour, #honte, #rire jaune

Il est très pratique de tout (ou presque) raconter à son fils au sujet de sa maladie.

Cela permet de ne pas l'exclure de la maladie, du foyer et de l'ouragan où elle nous emmène. Cela rassure en fin de compte, car on a l'impression de rester maître de la situation, des mots et des maux qui entourent la maladie. Sans rentrer dans les détails bien sur, en édulcorant, en simplifiant, en démystifiant au maximum les traitements, les effets secondaires et les interventions chirurgicales.

Une leçon de vulgarisation pour enfant sur le cancer où l'objectif premier est de ne surtout pas prononcer de méchants mots. Les mots "cancer" et "douleurs" sont bannis. On les remplace par "maladie", "médicaments", "traitements". On parle très vite des solutions. On ajoute des mots remplis d'espoir, d'avenir comme "après", "ensuite" pour signifier qu'il y aura forcément un après plus rigolo.

Seulement le soucis d'être tout le temps super à l'aise avec le sujet, d'en parler presque sans taboo partout à tout le monde à longueur de journée et le soir et le we avec son fils, c'est qu'un jour, cela fait tellement partie prenante de son quotidien, la maladie est tellement banalisée, que cela se retourne sans prévenir contre vous, la malade.

Florilèges de mes grands moments de solitudes à moi :

- Pendant mon traitement de chimiothérapie, ma perruque sur la tête, j'allais chercher mon fils au centre de loisirs (en courant. Normal).

Les cheveux (synthétiques) au vent, j'arrive essoufflée à l'école pour récupérer mon fils ainé. On le fait appeler ; il n'était pas bien loin étant le dernier petit garçon de l'école attendant fébrilement sa cancéreuse de mère. Il arrive donc le sourire aux lèvres tout de même (pas rancunier), entouré de deux animateurs avec qui il s'entend très bien.

Petit moment de flottement où je reprends mon souffle en regardant successivement mon fils, les deux animateurs, re mon fils, re les deux animateurs.

Et là, sans transition, mon fils annonce fièrement : "Et bah ma maman elle a une perruque là ! (en me montrant du doigt) et même que quand il fait chaud elle l'enlève et en dessous elle n'a plus un seul cheveu !"

Sourire trrèèèès gêné de l'animateur en face de moi. Sourire jaune et encore plus gêné de ma part.

Mais on ne pouvait plus l'arrêter.

Il repart de plus belle dans son récit : "Et après, plus tard, ses cheveux repousseront plus beaux, plus doux qu'avant !".

Grand blanc de part et d'autre. Je ne dis rien, gênée et à la fois émue que mon petit ait osé dire tout haut tout cela, comme s'il était fier de sa mère et sa perruque finalement...

En face de moi l'animateur marque une pause, sourit et lance à mon fils en me regardant : "Et bien figure toi que pour ma mère c'est pareil, elle a elle aussi une perruque et plus un seul cheveu".

Mon fils jubile, tout fier d'avoir partager cela avec des personnes qu'il apprécie beaucoup et qui lui rendent bien.

Moi je demeure gênée d'avoir était dévoilée ainsi, mais en même temps fière de mon fiston qui ne semble pas du tout traumatisé.

Je me dis que j'ai bien travaillé...

- Autre moment, autre époque, autre étape. Je suis au beau milieu de la classe de mon fils, en dernière année de maternelle. Nous prenons tous, parents, enfants et la maîtresse un petit déjeuner d'adieu. C'est la fin de l'année. C'est pour moi aussi la fin d'une étape, celle de la reconstruction.

Comme d'habitude j'en ai parlé à mes enfants. Je leur ai expliqué, vulgarisé les interventions, pour qu'ils comprennent, avec leurs yeux, avec leurs mots. Pour qu'ils ne soient pas exclus. Jamais.

Le petit déjeuner se passe bien, tout le monde est content, la maîtresse encense mon fils, tout ira bien pour lui, je ne me fais pas de souci. Tous les enfants montrent à leurs parents les magnifiques horreurs, pardon, dessins qu'ils ont faits tout au long de l'année, leur "travail" comme ils aiment à l'appeler.

Je croise des voisins avec qui je discute quelques instants.

Et là arrive mon fils, qui se met à discuter avec nous, adultes et sort sans crier gare :

"Eh bah ma mère elle s'est fait ouvrir le sein là d'abord (et il montre sur lui en plus), dans le dos aussi, elle a une graaaannnnde cicatrice, et après elle ...."

Je l'interrompt et ne le laisse même pas terminer sa phrase. Je rougis.

Il repart tout de même : "Et ensuite elle s'est fait ouvrir l'autre sein, et elle a une autre graaaaande cicatrice dans le dos, de l'autre côté."

J'ouvre des yeux ronds, les deux autres parents aussi.

Je balbutie une phrase toute faite dont je ne me souviens plus bien le contenu pour m'échapper et sortir de cette classe.

Je passe pour une femme siliconée qui n'aimait pas ses seins et qui les a fait refaire.

Why not. Au moins je ne lis pas la pitié ni la peur dans leurs yeux. Juste une bonne grosse gêne.

Ils sont sans doute choqués qu'un petit garçon de 6 ans partage cela avec sa mère, comme un trophée, comme on partagerait sa journée à Disneyland ou à la plage.

Je sors de la classe après un bisou tout doux pour mon fils, un léger sourire aux lèvres.

Je réalise que je peux me faire passer pour une siliconée désormais. Je ne suis plus une malade.

Et mon fils est fier de moi.

Les jours où mon fils m'a mis la honte...
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