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Une chance sur deux

Une chance sur deux

On se remet en rang


Le jour où on a joué au docteur

Publié le 18 Septembre 2014, 16:07pm

Catégories : #proche, #cancer, #cancer du sein, #famille, #souvenir, #jouer au docteur, #jeux d'enfants

C'était un jour de septembre, un jour plutôt sombre. Ce jour-là, ma sœur était venue chez moi au lendemain de ma seconde chimio.

Pour me rendre une petite visite. Pour voir comment j'allais, comment je "supportais" tout ça.

Elle est infirmière, et j’admire ce qu’elle fait au quotidien, avec ses patients.

Ce jour-là, et comme chaque jour qui suivait ma chimio, j’avais besoin qu’on me fasse mon injection de Granocyte. Ce produit permettait à mes globules blancs de ne pas trop chuter, mais il me faisait aussi sombrer dans un état grippal assez violent…

On s’est donc installé dans ma chambre, sur mon lit.

Je pense qu’elle appréhendait de me faire mal. Alors que moi j’avais une confiance aveugle en elle.

Et puis les piqûres, les injections, les prises de sang, ça me connaissait à l’époque. J'étais une habituée.

Je n’étais heureusement pas très sensible à tout cela.

D’habitude, pendant les prises de sang, les gens tournent la tête pour ne pas voir l’aiguille et tourner de l’œil. Pour ne pas voir le sang qui quitte leur veine pour se nicher dans la petite fiole avec la petite étiquette à leur nom.

Aussi bizarre et tordu que cela puisse paraître moi j’aimais regarder. Non pas que cela me faisait plaisir, je n'étais pas masochiste non plus.

C’était juste que je voulais voir l’aiguille toucher ma peau, je ne voulais pas être surprise. Je n’aime pas ce genre de surprise. Je voulais voir le sang quitter ma toute petite veine pour aller dans d’innombrables fioles aux bouchons colorés.

Je voulais tout voir, tout savoir. Cela me rassurait. Je fais partie de ces gens qui inondent les médecins de questions avant une intervention, pour se préparer à tous les scenarii.

Pour avoir l’impression comme d’habitude de tout maîtriser…

Même si, dans les faits, je ne maîtrisais rien du tout.

Donc, quand ma sœur a commencé à préparer le matériel, quand elle m’a demandé ce que j’avais pour désinfecter la zone à piquer, là, au beau milieu de ma chambre, j’ai eu comme l’impression d’être dans une zone infectée. Au beau milieu d'un no man's land où régnait bactéries et microbes.

C’était pourtant ma chambre, ma maison, mon lit, dans lequel je passais la plupart de mon temps depuis 2 mois. Nous n'étions pas dans le milieu aseptisé d’un cabinet médical ou d’un hôpital.

On était chez moi, dans ma chambre, et ma sœur s’apprêtait à m’injecter ma piqûre de Granocyte. Ce produit allait me casser encore plus, et m'envoyer dans un état léthargique désagréable pour moi et pour mon entourage, avec ses bouffées de chaleurs, ses montées de fièvre et surtout cette sensation d’épuisement au moindre geste. Tout cela dans cette petite injection de rien du tout.

Quand on était petites on s'amusaient à jouer au docteur avec ma sœur, on avait la mallette avec le stéthoscope, le thermomètre et le marteau que tu tapes contre le genou pour contrôler tes réflexes. En général elle faisait la malade et moi le docteur.

Ce jour-là c'était différent. Elle était là pour visiter sa sœur qui se battait contre un cancer. Et dans ma chambre, nous avons joué au docteur, comme quand nous étions petites. Sauf que l’infirmière aujourd’hui c’était elle, et la patiente, la malade, c’était moi.

Le jour où on a joué au docteur
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kylian 77 17/07/2015 14:35

comment avoir un stéthoscope si on en a pas

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