Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Une chance sur deux

Une chance sur deux

On se remet en rang


Le jour où j'ai remis ma "blouse à fesses"

Publié par UnechancesurDeux sur 21 Avril 2017, 09:07am

Catégories : #Blouse à fesses, #habituée hôpitaux, #rechute, #cancer du sein, #hôpital, #clinique, #bienvenue à l'hôpital

C'était le jour de ma pose - une nouvelle fois - du PAC, ou port à cathéter.

A la clinique où je suis suivie maintenant depuis 5 ans.

Je connais les visages de presque tout le personnel soignants, médecins, brancardiers, infirmières, infirmiers, secrétaires, anesthésistes... Tous ces visages me sont familiers. Si familiers... trop familiers...

D'un côté cela m'amuse, et me donne d'une certaine manière plus d'assurance dans ces lieux.

Mais d'un autre côté, j'aimerai bien ne pas connaître tous ces visages, signes de mes visites répétées depuis 5 ans.

Signe que je suis une habituée des lieux.

Signe que je mérites bien ma carte de fidélité !

Le jour où j'ai remis ma "blouse à fesses"

On me dit "à bientôt", "on se connait ?", "vous êtes déjà venue ?"

Ils se permettent même des gestes affectueux, une main posée sur mon bras, un peu plus longuement, pour compatir, m'accompagner à leur façon. Et moi je crois que c'est parce qu'on se connait bien, on s'est souvent croisé, dans ces couloirs, moi allongée sur un brancard, sur un lit d'hôpital ou en train d'attendre, comme toujours, sur une chaise dans un couloir, que le médecin avec lequel j'ai rendez-vous daigne arriver...

Sans doute le font-ils avec tous leurs patients - même les nouveaux - mais je savoure cet acte de bienveillance envers moi et je me mets à croire que c'est juste pour moi.

Et le plus drôle c'est que moi qui suis habituellement si peu à l'aise avec le contact et le touché des autres, là, je n'ai pas peur, et ce geste ne me dérange pas. Parce que j'ai beau connaître ces lieux je ne suis toujours pas à l'aise dans cet hôpital. Je me sens vulnérable et je ne suis pas moi-même. Je suis déguisée mais je n'ai pas choisi mon déguisement.

Et franchement, il n'est pas vraiment à mon avantage ! Avec une culotte en papier bleue marine, une charlotte ridicule transparente, des chaussons en papier blanc qui ne tiennent pas aux chevilles et cette magnifique blouse à fesses que l'on doit nouer sur l'arrière et non sur l'avant alors qu'on se fait souvent opérer sur l'avant et non à l'arrière...

Je suis au top de la classe...

Le jour où j'ai remis ma "blouse à fesses"

J'attends très longtemps, tout d'abord dans la salle d'attente des admissions, puis dans un des box de l'hospitalisation en ambulatoire. Je suis déguisée et j'attends. 

J'attends qu'on vienne me chercher. Je suis à jeun de la veille et il est 14h passée. J'ai faim, j'ai la tête qui tourne et l'attente me fait comme chaque fois cogiter. Est-ce que ça va aussi bien se passer que la dernière fois ? Est-ce que je vais avoir mal ? Est-ce que mon corps va accepter une nouvelle fois ce petit corps étranger ?

On me fait descendre au bloc. J'attends encore dans une pré-salle d'opération dans laquelle un gentil infirmier anesthésiste - tiens je ne le connais pas celui-là / il est pas mal :) - vient me parler du déroulé de l'opération, tout en me branchant un cathéter sur le bras droit. 

Il me demande si j'ai des enfants, me demande leurs âges, me dit qu'il en a 3, 3 filles. Et simplement de donner l'âge de mes enfants et de penser à eux me fait monter les larmes aux yeux. 

Qu'est-ce que je fais là ? Qu'est-ce que je fais ici, dans cet hôpital alors que je devrais être en vacances à profiter avec eux, du soleil, de la mer, du bon air ???

Moi, je suis là, allongée avec ma blouse à fesses bleue, à moitié branchée au bras, vulnérable et j'ai envie de pleurer. 

Non pas parce que j'ai peur, mais parce que je ne veux pas y aller. Je ne veux pas y retourner. Même si je suis résignée et raisonnable, je ne veux tout de même pas y retourner. Parce que je sais que cette pose de PAC est la première étape d'un long processus...

...

C'est enfin à mon tour d'y aller. J'arrive au bloc. Je retrouve le chirurgien qui m'avait implanté le même type de PAC il y a 5 ans et qui me l'avait enlevé il y a 4 ans et demi environ. 

Il me rassure, me dit qu'il va passer au même endroit, faire une aussi belle cicatrice. Chouette.

L'infirmier beau gosse revient et me parle de champagne. Je ne comprends pas trop, je commence à partir mais je suis quand même là, sédatée. 

L'infirmier beau gosse me parle d'une seconde coupe de champagne. 

Je souris mais ne comprends pas bien pourquoi. 

On me demande de tourner la tête et on m'installe un champ pour que je ne vois pas ce qui se passe à droite. 

Là, l'infirmier s'approche de moi - la deuxième coupe de champagne déjà injectée - je suis complètement stone, comme droguée, sous l'effet du sédatif et je trouve cela terriblement agréable. 

Je me sens hyper bien, détendue, sereine... un état que je n'avais pas atteint depuis 1 bon mois.

Et là, au moment où je m'y attends le moins, il me pose la question "pour faire diversion" : "Il fait quoi dans la vie votre mari ?"

En temps normal, et sans sédatif, j'ai déjà du mal à expliquer en 3 mots. Mais alors là, je n'arrive même plus à articuler, à percuter, à saisir le sens de sa question.

1 longue minute de réflexion. 

Les mots se bousculent dans ma tête et bloquent au niveau de ma bouche. 

Je baragouine un truc que je ne comprends pas moi-même. Et puis je lance, en désespoir de cause : "Il est.... normand !"

Ca rigole bien dans le bloc à présent...

"Vous ne voulez pas me filer une troisième coupe de champagne plutôt ?"

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Del 23/04/2017 23:28

Comme j'ai mal de vous lire. Je viens de tomber sur votre bloc et viens de lire tous vos écrits. J'ai eu un cancer de l'ovaire décelé en novembre dernier. Je me suis faite opérer 2 fois et dois maintenant être surveillée ++. J'ai peur et ces épreuves m'ont changé. Finie l'insouciance... Maman d'un garçon de 9 ans, j'ai très mal vécu les examens, d'être un simple numéro, le manque d'explication, de bienveillance... Saleté de cancer. Je suis de tout cœur avec vous, je vous envoie l'énergie que j'ai retrouvé... Je continuerai de vous lire... Moi aussi j'écris... Exutoire....

Archives

Articles récents