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Une chance sur deux

Une chance sur deux

On se remet en rang


Le jour où mon père m’a accompagné à la chimio

Publié le 18 Février 2014, 11:43am

Catégories : #chimiothérapie, #taxol, #catheter, #maladie, #complicité, #accompagner, #être présent

C’était après l’épisode de la chimio seule. Mauvaise expérience. J’avais cru pouvoir me débrouiller seule. Je me suis trompée…

J’ai fait appel à mon père pour m’accompagner à ma prochaine chimio – demande à priori évidente, c’est mon père – mais en fin de compte pas si facile que cela pour moi. Comme d’habitude, la coupable que je suis appréhendait cette nouvelle situation longtemps à l’avance : comment va-t-il se sentir dans la salle ? et quand il me verra subir le traitement ? est-ce qu’il réagira bien ? aura-t-il peur ? va-t-il supporter de ne pas fumer pendant 2 heures ? est-ce qu’il restera avec moi pendant les 2h ? est-ce qu’il voudra bien revenir aux prochaines ? et de quoi allons nous parler pendant 2h ? de la maladie ? de ma maladie ?

Il est venu me chercher chez moi bien en avance – tant mieux comme ça je ne stresserai pas pour cela au moins – j’avais encore et toujours la nausée. Satanée nausée qui ne me quittait plus, et l’odeur de tabac froid imprégnée absolument partout dans la voiture ou sur mon père n’arrangeait rien. On est arrivé assez vite à la Clinique, et à peine entrée dans l’enceinte, telle une madeleine de Proust bien désagréable, je me souvenais parfaitement de la précédente chimio.

Souvenir amer. Ouf, je ne suis pas seule aujourd’hui, et en plus je suis avec mon père. Tout va bien se passer.

On a attendu très très longtemps en salle d’attente – il n’y avait plus de siège de disponible en salle de chimio lié à un retard dans la validation des traitements le matin. Du coup on s’entassait tous en salle d’attente – les autres patients, mon père et moi. Ce fut long, très long.

C’est assez étrange d’attendre (et d’y être obligé) longtemps quelque chose que vous ne voulez pas faire. Ce jour là, ce fut pire d’attendre le traitement que le traitement en lui même.

Après 1h20 d’attente interminable nous entrons enfin en salle de chimio – ah la sacro-sainte salle de chimio – elle ne m’avait pas du tout manqué, mais alors pas du tout…

Je m’installe au seul siège disponible – un siège en plein milieu de tout – pas du tout à l’écart, à la vue des autres patients, de leurs proches et bien sûr des infirmières.

C’est l’infirmière que je n’affectionne pas particulièrement qui s’occupe de me “brancher” aujourd’hui. Chouette.

Cela commence très mal – décidément j’ai vraiment eu le flair avec elle dès le début – car en m’enlevant mon pansement patch EMLA (que je mets chaque matin de chimio afin de ne pas sentir quand la grosse aiguille transperce ma peau pour arriver dans le cathéter), elle me fait une remarque sur mon grain de beauté situé juste à côté.

C’est un assez gros grain de beauté, que je surveille, qui fait parti de moi et que je ne souhaite pas enlever sous prétexte qu’il est plus gros que les autres.

Ça suffit, on m’a déjà enlevé un sein, j’ai perdu mon poireau sur le visage alors on ne va pas en plus m’enlever mon grain de beauté.

Elle me dit sur un ton flegmatique assez déconcertant : “Vous devriez surveiller ce grain de beauté hein, il n’est pas beau du tout, dans votre situation vous ne devriez pas laisser passer cela. Vous pourriez développer un mélanome.”

Oh oui dis donc je n'y avais pas pensé...

Pour l’heure madame je vais essayer de ne pas vous vomir dessus et passer cette nouvelle séance le plus sereinement possible. Je n’enlèverai pas ce grain de beauté. Merci. Au revoir.

Un petit regard complice vers mon père qui a compris que je n’aimais pas cette infirmière. Et lui non plus maintenant ! Pour l'anecdote, il se trouve qu’il a le même (exactement le même) grain de beauté mais de l’autre côté.

Une fois posée l’aiguille sur le cathéter, le médicament pré Taxol est injecté. Il s’agit d’une prémédication pour supporter le produit de chimio ensuite. C’est un médicament qui vous casse, vous assomme littéralement et immédiatement. Certains patients voisins s’endorment pendant ce médicament. Je suis crevée mais je n’ai aucune envie de dormir ici.

Je ressens cependant mes sens se mettre en veille, ma vision se trouble comme quand on est complétement épuisé. Je suis comme shootée.

Je discute avec mon père, je parle doucement, et naturellement je parle de mes enfants, de ces petits enfants, de mon mari, de la vie de famille plutôt chamboulée depuis quelques mois. J’en ai les larmes aux yeux mais je ne pleure pas. Je me reprends, je me ressaisie, je ne vais pas me mettre à pleurer dès la première chimio avec mon père. Non, je lui montre que je suis forte depuis le début, je dois continuer, même si là je suis plutôt vulnérable…

Et puis tout naturellement, je lui explique mon état d’esprit, je lui dis que je vois une psy, que cela me fait du bien, que niveau moral ça n’est pas la super forme depuis quelques temps. Qu’à la maison c’est difficile, avec les enfants et la maladie. La cohabitation des deux n’est pas du tout évidente pour tous les 4. Il m’écoute, il reste solide devant moi – je ne pense pas qu’il soit surpris - il acquiesce, commente parfois. Il vit avec moi cette chimio, ce traitement.

C’est la première fois depuis bien longtemps que l’on partage à nouveau autant de choses ensemble. C'est dommage que ce soit dans de telles conditions, et pendant une chimio et donc un traitement pas très agréable pour moi, dans des conditions qui manquent d’intimité mais cela me fait quand même très plaisir.

La communication passe et file sans problème. Il est là avec moi. Il m’accompagne à ma chimio, tout simplement.

Le jour où mon père m’a accompagné à la chimio
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