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Une chance sur deux

Une chance sur deux

On se remet en rang


Le jour où on m’a tendu la main

Publié le 17 Décembre 2013, 12:13pm

Catégories : #aide, #générosité, #altruisme, #gentillesse, #solidarité, #cancer du sein, #cancer et voisins, #accepter et recevoir de l'aide

Cela s’est passé en début d’année, vers la fin de la chimiothérapie.

L’épisode du déplumage total venait de passer et je continuais toujours à me voiler la face niveau rythme : “c’est bon je gère, je vais y arriver”. Que nenni.

J’arrivais comme chaque soir telle une bombe prête à exploser à l’école à 18h32 alors que le centre de loisirs ferme à 18h30… je récupérais comme chaque soir mon petit garçon qui n’avait aucune envie d’accélérer le pas pour arriver plus vite à la crèche pour récupérer son frère. C’était la période dite de la carotte – si tu n’as pas un ourson au chocolat ou un kinder Maxi dans la poche, aucune chance qu’il avance plus vite ! Il va te faire une crise devant tout le monde et il y aura forcément une petite mamie choquée qui passera à ce moment là pour te juger et qui pensera très fort : "Oh, regardez comme elle lui parle ! mauvaise mère !" OK compris, va pour l'ourson !

Dans ces conditions et ce jour là sans la fameuse “carotte”- oubliée... je récupère donc mon garçon in extremis et commence un échange qui, comme d'habitude est d'une grande profondeur avec l'équipe du centre de loisirs : “Bonsoir (petit sourire)... Bonne soirée”.

A peine ai-je tourné les talons qu’il est déjà parti super loin, hors de mon champ de vision, et je me mets à faire ce que je n’aime pas faire dans ce genre de situation (mais que je fais quand même, surtout en ce moment) : je lui hurle de s’arrêter et de m’attendre. Bien évidemment, il s’en fiche complétement et, est déjà parti bien loin presque au bout de la rue. Dans ma course effrénée je tombe nez à nez avec la maman d’un très bon copain de mon fils que je connais depuis 5 ans maintenant.

Je la connaissais sans vraiment la connaître, je la croisais tous les jours depuis que nos enfants étaient à la crèche ensemble. Elle m’aborde d’entrée de jeu et me demande comment je vais.

D’instinct, j’aurais aimé lui répondre :

“Euh, comment je vais ? Et bien comment dire que je n’en peux plus, je suis au bout du rouleau, j’ai encore 2 séances de chimiothérapie et ensuite après je dois enchaîner 2 mois et demi de radiothérapie. Je n’ai plus de cheveux, ma perruque me gratte quand il fait chaud et j'ai froid partout quand il fait froid, je n'ai plus de sourcils et donc plus d’expression. Ajouté à cela un teint blafard et un moral dans les chaussettes. Comment dire que c’est pas la grande joie...”

Le jour où on m’a tendu la main

Mais en réalité, je n’ai rien répondu. Je l'ai regardé avec des yeux ronds et je l'ai écouté.

Elle me dit qu’elle a bien vu que depuis quelques mois ça ne va pas fort, que je me suis brutalement coupé les cheveux – On ne se coupe pas les cheveux tout court comme ça sans raison… ah bon ? - qu’elle me voit beaucoup moins à l’école et que j’ai clairement une sale gueule ! Euh, comment ? de quoi tu parles ? moi une sale gueule ? vraiment ?

Elle enchaîne en me proposant de garder l’un ou l'autre de mes enfants un soir, un we ou d’aller les chercher à la sortie de l’école et de la crèche pour que l’on puisse se reposer avec mon mari.

OH MY GOD ! j’ai été estomaquée ! éberluée ! impressionnée ! j’étais, disons le franchement, “sur le c**” ! J’ai trouvé cela tellement gentil ! dit de façon tellement simple et avec tant d’humilité. Elle ne s’était pas forcée, on aurait dit qu'elle n'avait rien préparé, rien anticipé, elle ne m’a pas proposé cette aide par politesse ou par pitié. Non, c’était vraiment un geste simple, spontané, une attention et une générosité qui m’ont énormément touché.

Je me suis rendue compte ce jour là que je ne faisais pas que “vivre” et croiser des gens dans mon quartier. J’avais aussi des gens, des voisins, sur qui je pouvais compter et qui étaient là simplement pour moi et pour ma famille, mes enfants quand j’en avais besoin.

L’une des premières pensées qui a traversé mon esprit à ce moment a été : est-ce que j’aurais fait la même chose à sa place ? est-ce que j’aurais été aussi altruiste qu’elle ? est-ce que j’aurais proposé mon aide ou serais-je restée dans mon coin, dans ma vie toute pépère et renfermée sur moi-même. Ou bien, m’en serais-je juste rendu compte, comme elle ?

Cela m’a pas mal turlupiné les jours qui ont suivi car j’étais persuadée que “moi” j’aurais été plus égoïste si je m’étais retrouvée à sa place et elle à la mienne.

Pouvais-je accepter son aide dans ces conditions là ?

Mais je n'étais pas à sa place, mais bien à la mienne, encore une fois, je devais arrêter de me mettre à la place des autres, et vivre mon instant, mon moment d'entraide à moi.

J'avais besoin d'aide, on avait besoin d'aide, alors on l'a accepté et mon fils a passé un super we en compagnie de son copain et de ces personnes.

Merci encore mille fois à elles, pour ce geste, fort et dont on se souviendra longtemps.

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